Sans abeilles, un monde stérile

Des chiffres "problématiques", relève Yves Le Conte. Autre inquiétude : la qualité des reines, qui devraient vivre entre trois et cinq ans. Les apiculteurs ne les conservent qu'un an, deux ans maximum, voire même seulement six mois. "Elles ne sont pas forcément soumises au même stress que les butineuses, directement au contact des pesticides. Mais une reine, dans la colonie, va rester en contact pendant des mois avec des résidus d'insecticides et des pathogènes qui vont la tuer à petit feu", explique Yves Le Conte.

2) Les facteurs de stress sont multiples

Depuis une quinzaine d'années, les scientifiques qui travaillent sur les différentes causes de mortalité des abeilles ne sont pas parvenus à isoler un facteur pouvant expliquer à lui seul leur déclin. Il a beaucoup été question des néonicotinoïdes, une classe d'insecticides parmi les plus utilisés à travers le monde depuis une vingtaine d'années et qui agit sur le système nerveux central des insectes, provoquant la paralysie et la mort ; du varroa, un acarien passé de l'abeille d'Asie à notre abeille européenne au début des années 1980 ; du frelon asiatique, qui s'est introduit en France fin 2004 dans des poteries venues de Chine et serait désormais présent dans une soixantaine de départements. Cependant, la plupart des agents pathogènes identifiés par les chercheurs (intoxication chimique, prédateurs, pathologies, parasites, bactéries, champignons, virus) existaient bien avant qu'un "syndrome d'effondrement" des colonies ne soit observé.

"D'autres causes peuvent expliquer que les abeilles soient devenues plus sensibles à ces agents pathogènes, c'est la raison pour laquelle nous étudions les effets combinés de plusieurs de ces facteurs de stress", explique Gilles Salvat, directeur de la santé animale et du bien-être des animaux à l'Anses. L'influence de certains d'entre eux, telles que les ondes électromagnétiques ou la pollution atmosphérique, n'est pas encore bien connue.

3) 35% de notre alimentation en dépendent

Des spécialistes planchent actuellement sur la procédure permettant d'imposer de nouvelles normes aux sociétés voulant déposer des demandes d'autorisation de mise sur le marché "en prenant en considération les effets des doses très faibles avec une batterie de tests pertinents", explique Gilles Salvat. Un nouveau guide va être édité de manière à mieux apprécier l'impact des produits chimiques sur les abeilles. "C'est un travail de longue haleine car il existe de nombreuses familles de pesticides, mais il faut faire vite, prévient Gilles Salvat. Il y a une certaine urgence pour la santé des abeilles." Indispensables à l'homme, ce sont elles qui permettent aux plantes de se reproduire, assurant la survie de nombreuses espèces animales. Ainsi, 80 % des espèces à fleurs – plus de 200.000 espèces – dépendent des insectes pollinisateurs. "Il y a 400 légumes qui existent grâce aux abeilles, comme le concombre ou le melon", note Yves Le Conte.

La disparition des abeilles aurait un impact énorme et désastreux en termes d'écologie et de production agricole : 80 % de la production des fruits et légumes et 75% de la production des cultures s'éteindraient. Selon les dernières données de l'Inra, 35% de la quantité de notre alimentation et 65% de sa diversité dépendent de la pollinisation par les abeilles. "Il faut soutenir les apiculteurs pour qu'ils ne mettent pas la clé sous la porte, martèle Yves Le Conte. S'ils n'étaient pas là pour recréer des colonies, ce serait catastrophique."

Christel de Taddeo - Le Journal du Dimanche

samedi 30 novembre 2013

 

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